L’essentiel à retenir
- En 2026, le minimum vieillesse (ASPA) atteint 1 043,59 € brut/mois pour une personne seule et 1 620,18 € pour un couple.
- Ces montants sont quasi identiques en net (ni impôt, ni CSG/CRDS/CASA).
- C’est une allocation différentielle : elle complète vos ressources jusqu’au plafond, sans s’y ajouter.
- Le versement n’est pas automatique : il faut en faire la demande (formulaire Cerfa 13710*04).
Quand la pension de retraite ne suffit plus à couvrir les dépenses du quotidien, un dispositif garantit un revenu minimal aux personnes âgées les plus modestes : le minimum vieillesse, aujourd’hui versé sous le nom d’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA). Derrière ce mot reste une question très concrète, celle que se posent la plupart des futurs bénéficiaires : quel est son montant en 2026, et combien vais-je réellement toucher ?
Ce guide y répond point par point. Vous y trouverez les montants applicables pour une personne seule comme pour un couple, la manière dont l’allocation se calcule réellement, les conditions à remplir, les ressources prises en compte, les possibilités de cumul et les démarches à effectuer. Avant d’entrer dans les chiffres, un préalable s’impose toutefois : le minimum vieillesse existe-t-il toujours, ou a-t-il définitivement disparu ?
Le minimum vieillesse existe-t-il encore en 2026 ?
Le minimum vieillesse n’est pas une invention récente. Il prend racine dans une loi du 14 mars 1941, avant même la création de la Sécurité sociale, pour assurer un revenu de survie aux travailleurs âgés via l’allocation aux vieux travailleurs salariés (AVTS). Une allocation supplémentaire est venue compléter le dispositif en 1956, donnant le minimum vieillesse à deux niveaux que l’on a longtemps connu.
Ce système a vécu jusqu’au milieu des années 2000. Une réforme a tout unifié en une prestation unique, l’ASPA, pleinement effective au 1ᵉʳ janvier 2007. Depuis, le minimum vieillesse n’est plus attribué à de nouveaux bénéficiaires. Les personnes qui le percevaient avant la réforme continuent de le toucher si elles n’ont pas demandé à basculer vers l’ASPA : elles reçoivent alors l’ancienne allocation supplémentaire, qui complète leur pension ou leur allocation spéciale vieillesse pour atteindre le même niveau de ressources. Le passage vers l’ASPA est possible, mais définitif.
Derrière « minimum vieillesse » et « ASPA » se cache donc la même réalité : une allocation mensuelle versée par la caisse de retraite (Carsat, MSA pour le régime agricole, ou Caisse des dépôts via le SASPA pour ceux qui ne relèvent d’aucun régime) afin de garantir un revenu minimal aux retraités modestes, qu’ils aient cotisé ou non. Fin 2022, plus de 582 000 personnes en bénéficiaient, dont près de 476 000 au titre de l’ASPA, soit environ 160 000 allocataires de plus qu’en 2013.
Le montant du minimum vieillesse en 2026
Venons-en au cœur du sujet. Au 1ᵉʳ janvier 2026, le minimum vieillesse a été revalorisé de 0,9 %, comme chaque année à cette date. Les montants maximaux s’établissent ainsi :
Personne seule
soit 12 523,14 € par an (brut)
Couple
soit 19 442,21 € par an (brut)
Une précision s’impose sur le couple : le plafond de 1 620,18 € s’applique à l’ensemble du foyer, et non à chaque conjoint. Lorsqu’un seul des deux perçoit l’allocation et que ses ressources propres sont quasi nulles, il peut au maximum recevoir le montant « personne seule » de 1 043,59 €.
Qu’en est-il du net ? Bonne nouvelle : les sommes versées ne sont pas imposables et échappent aux principaux prélèvements sociaux (ni CSG, ni CRDS, ni CASA). Le montant net touché est donc pratiquement identique au brut annoncé, à la différence des pensions de retraite. Qui cherche le « montant net » du minimum vieillesse peut ainsi retenir, sans grand écart, les chiffres ci-dessus.
Le minimum vieillesse face au seuil de pauvreté
Comparer le montant du minimum vieillesse au seuil de pauvreté éclaire sa portée réelle. Le plancher garanti à une personne seule, 1 043,59 € par mois, demeure inférieur au seuil de pauvreté monétaire français. D’après les dernières données de l’Insee, ce seuil, fixé à 60 % du niveau de vie médian, correspond à un revenu disponible de 1 288 euros par mois pour une personne vivant seule.
C’est l’écart, chaque mois, entre le minimum vieillesse d’une personne seule (1 043,59 €) et le seuil de pauvreté (1 288 €), soit près de 19 % de moins.
L’écart n’a rien d’anecdotique : environ 245 € séparent le minimum vieillesse du seuil de pauvreté, soit près de 19 % de moins. Un retraité dont les ressources sont intégralement portées au niveau de l’ASPA reste donc, statistiquement, sous le seuil de pauvreté. Ce constat ne disqualifie pas le dispositif, qui joue son rôle de plancher de dignité, mais il invite à le voir pour ce qu’il est : un revenu de subsistance, et non un revenu confortable.

Cette mise en perspective a une conséquence pratique : elle explique pourquoi il est si important de mobiliser en parallèle les autres aides auxquelles on a droit, en particulier les aides au logement et la complémentaire santé solidaire, qui ne sont pas comptées dans le calcul de l’ASPA et soulagent donc le budget sans réduire l’allocation. Le minimum vieillesse n’a pas vocation à être une fin en soi, mais le socle d’un ensemble de soutiens.
Comment se calcule réellement le montant versé ?
Les montants ci-dessus sont des plafonds, non des sommes versées automatiquement à tous. C’est le point le plus souvent mal compris. Le minimum vieillesse est une allocation différentielle : il ne s’ajoute pas à vos revenus, il les complète jusqu’au plafond. La formule est simple : montant versé = plafond mensuel − ressources mensuelles.
La formule
montant versé = plafond mensuel − ressources mensuelles
Un exemple concret. Une personne seule perçoit 750 € de pension et bénéficie de l’aide au logement et de l’APA. Ces deux dernières n’entrant pas dans le calcul, ses ressources retenues s’élèvent à 750 €. L’ASPA complétera donc ce revenu à hauteur de 293,59 € pour atteindre le plancher de 1 043,59 € : le bénéficiaire ne reçoit pas 1 043,59 € d’ASPA, mais bien la différence.
Plus vos ressources approchent du plafond, plus l’allocation se réduit, jusqu’à s’éteindre au-delà. C’est ainsi qu’un couple cumulant 750 € et 930 € de pensions, soit 1 680 € de ressources, se retrouve exclu : ses revenus dépassent le plafond de 1 620,18 €, même de peu.
Le calcul spécifique pour un couple
Le cas des couples mérite un développement à part. Mariés, pacsés ou en concubinage, c’est le montant total des ressources du foyer qui sert de base. Le tableau ci-dessous résume le calcul lorsqu’un seul des deux membres est bénéficiaire.
| Ressources mensuelles du couple | Montant de l’ASPA pour le bénéficiaire |
|---|---|
| Jusqu’à 576,59 € | 1 043,59 € |
| Entre 576,60 € et 1 620,18 € | Différence entre 1 620,18 € et les ressources du couple |
| Au-delà de 1 620,18 € | Aucune allocation |
Lorsque les deux membres sont éligibles, la mécanique se simplifie : tant que les ressources du foyer restent sous 1 620,18 €, l’allocation correspond à la différence entre ce plafond et les revenus du couple ; au-dessus, plus aucun versement n’est dû. Dans tous les cas, les ressources sont en principe évaluées sur les trois mois précédant le point de départ de l’allocation ; si elles dépassent le plafond sur cette période, la caisse examine alors les douze mois antérieurs.
Les conditions pour percevoir le minimum vieillesse
Le montant n’est qu’une partie de l’équation : encore faut-il être éligible. Indépendamment du critère de ressources, trois grandes conditions se cumulent :
- L’âge : le minimum vieillesse s’ouvre en principe à 65 ans. Des exceptions abaissent toutefois ce seuil pour les personnes reconnues inaptes au travail, les titulaires d’un taux d’incapacité d’au moins 50 %, les bénéficiaires d’une retraite anticipée pour handicap, ou encore les anciens combattants, déportés, internés et prisonniers de guerre, qui peuvent y prétendre dès 62 ans et neuf mois selon leur année de naissance.
- La résidence : il faut vivre de manière stable en France, soit y séjourner au moins neuf mois par an. Les départements d’outre-mer (Guadeloupe, Guyane, Martinique, La Réunion) ainsi que Saint-Barthélemy et Saint-Martin ouvrent les mêmes droits que la métropole.
- La nationalité : les ressortissants français et ceux de l’Espace économique européen sont éligibles. Les personnes étrangères le sont aussi, à condition de détenir depuis au moins dix ans un titre de séjour les autorisant à travailler en France ; réfugiés, apatrides et personnes ayant servi pour la France bénéficient de conditions adaptées.
À ces trois conditions s’ajoute une exigence souvent oubliée : le demandeur doit avoir préalablement fait valoir l’ensemble de ses droits à la retraite, personnels comme de réversion, tous régimes confondus, ainsi que ceux de son conjoint le cas échéant.
Quelles ressources entrent dans le calcul du plafond ?
Pour savoir si l’on reste sous le plafond, tout l’enjeu est de distinguer les revenus comptabilisés de ceux qui ne le sont pas. La frontière est précise et mérite d’être connue avant de monter un dossier.
Sont pris en compte : les pensions de retraite, les pensions d’invalidité, les pensions alimentaires fixées par décision de justice, les revenus professionnels, ainsi que les revenus des biens mobiliers et immobiliers (retenus à hauteur de 3 % de leur valeur, hors résidence principale). Les biens ayant fait l’objet d’une donation peuvent aussi être réintégrés sous certaines conditions.
À l’inverse, plusieurs aides sont expressément exclues, ce qui permet de les cumuler sans perdre le bénéfice du minimum vieillesse : l’allocation aux adultes handicapés (AAH), l’allocation personnalisée d’autonomie (APA), les aides au logement (APL et ALS), la prestation de compensation du handicap (PCH), les prestations familiales et les aides versées par les descendants.
Le minimum vieillesse est-il cumulable avec une retraite ou un salaire ?
Le minimum vieillesse n’est pas incompatible avec d’autres ressources, tant que l’on reste sous le plafond. Trois cas de cumul reviennent fréquemment :
La pension de réversion
Si vous percevez la part de retraite d’un conjoint décédé, vous conservez votre droit au minimum vieillesse, mais cette pension entre dans le total de vos ressources et peut, si elle est élevée, vous faire dépasser le seuil.
L’activité professionnelle
Le cumul est possible grâce à un abattement sur les revenus du travail. Évalué sur trois mois, il atteint 0,9 fois le Smic brut mensuel pour une personne seule (environ 1 640 € en 2026) et 1,5 fois le Smic pour un couple (près de 2 735 €) ; sur douze mois, il monte à 3,6 fois le Smic pour une personne seule et 6 fois pour un couple. Seuls les revenus dépassant ces abattements réduisent l’allocation, si bien qu’un petit complément d’activité reste compatible.
Les aides au logement versées par la CAF
Elles ne posent aucune difficulté, puisqu’elles ne sont pas comptabilisées dans les ressources.
Les démarches pour obtenir l’ASPA
Contrairement à certains compléments de retraite attribués automatiquement, le minimum vieillesse nécessite une demande explicite. Le formulaire à remplir est le Cerfa n° 13710*04, accompagné d’une pièce d’identité, de deux justificatifs de résidence en France, du dernier avis d’imposition et, pour les ressortissants étrangers, du titre de séjour. Le dossier détaille aussi les ressources des trois derniers mois et le patrimoine du foyer.
L’organisme destinataire dépend de votre situation. Si vous percevez déjà une pension, adressez le dossier à votre caisse (Carsat, CNAV, CAVIMAC selon le cas, ou MSA pour le régime agricole). En cas de pensions multiples, l’ordre de priorité conduit vers la MSA, la CNAV ou la caisse versant la pension la plus élevée. Si vous ne relevez d’aucun régime de retraite, le dossier passe par le CCAS ou la mairie, qui le transmet à la Caisse des dépôts.
Côté délais, un accusé de réception est en principe émis sous 72 heures et le traitement prend deux à quatre mois, avec un maximum légal de six mois rarement atteint ; tout justificatif manquant rallonge la procédure. L’allocation est versée au plus tôt à partir du premier jour du mois suivant la réception de la demande. Lorsque celle-ci intervient dans les trois mois suivant la notification de la retraite, elle peut être réglée en même temps que la pension.
Les aides complémentaires au minimum vieillesse
Parce que le montant reste, on l’a souligné, sous le seuil de pauvreté, le cumul avec d’autres dispositifs est souvent décisif pour vivre décemment. L’allocation personnalisée d’autonomie (APA) finance le maintien à domicile ou la prise en charge en établissement ; la prestation de compensation du handicap (PCH) couvre les situations de handicap ; la complémentaire santé solidaire (C2S) allège fortement les dépenses de santé. Certaines caisses de retraite proposent en outre des aides aux personnes en faible perte d’autonomie, et la téléassistance peut compléter le maintien à domicile.
Le montant du minimum vieillesse en bref
En 2026, le minimum vieillesse garantit 1 043,59 € brut par mois à une personne seule et 1 620,18 € à un couple, des montants quasiment équivalents en net puisqu’ils échappent à l’impôt et aux prélèvements sociaux. Versé aujourd’hui sous le nom d’ASPA, il fonctionne comme une allocation différentielle : il ne s’ajoute pas à vos revenus, il les complète jusqu’à un plafond légal sans jamais le dépasser. Le montant réellement perçu dépend donc de votre situation personnelle.
Un point mérite d’être gardé en tête : ce plancher reste inférieur au seuil de pauvreté, situé autour de 1 288 € par mois pour une personne seule. Le minimum vieillesse assure la subsistance, pas l’aisance. D’où l’intérêt de vérifier son éligibilité, d’engager les démarches sans tarder et de mobiliser en parallèle toutes les aides cumulables qui viennent soulager le budget sans réduire l’allocation.